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Quand l’inhibition protège plus qu’elle n’empêche

Beaucoup d’adultes arrivent en thérapie avec cette phrase :

« Je manque de motivation. »
« Je procrastine. »
« Je n’ai pas l’énergie de me lancer. »

Mais en clinique, derrière ce qui ressemble à une absence d’élan, on découvre souvent autre chose :
une peur inconsciente du mouvement.

Et cette peur n’est pas un défaut.
C’est une protection.


L’inhibition : un mécanisme de protection

En psychanalyse, l’inhibition n’est pas simplement un blocage paresseux.
Elle peut être comprise comme un compromis psychique.

Une partie de nous veut avancer.
Une autre partie craint les conséquences de ce mouvement.

Se lancer, ce n’est pas neutre.

Se lancer, c’est :

  • Risquer d’échouer
  • Risquer de réussir
  • Risquer d’être vu
  • Risquer de changer

Et le changement peut réactiver des peurs anciennes.


La peur de l’échec… mais aussi la peur de la réussite

On parle souvent de peur de l’échec.
Mais en thérapie, on observe aussi la peur de réussir.

Réussir peut :

  • Mettre fin à une identité de « celui qui essaie »
  • Créer une distance avec son milieu d’origine
  • Générer de la jalousie ou des conflits
  • Exiger de nouvelles responsabilités

Inconsciemment, le psychisme peut se dire :

« Si je ne commence pas, je ne perds rien.
Si je n’essaie pas, je reste en sécurité. »

L’absence de motivation devient alors une zone tampon.


La loyauté invisible

Dans une lecture plus psychanalytique, certains blocages sont liés aux loyautés inconscientes.

Par exemple :

  • Ne pas dépasser ses parents
  • Ne pas trahir un modèle familial de modestie ou de sacrifice
  • Ne pas « faire mieux » que ceux qui ont souffert

Se lancer peut symboliquement signifier :

  • S’éloigner
  • Se différencier
  • Grandir

Or, se différencier peut être vécu comme une trahison.

L’inhibition protège le lien.


Le conflit interne : désir vs interdiction

Freud parlait du conflit entre pulsion et interdits internes.
Le Surmoi peut être sévère :

  • « Ce n’est pas pour toi. »
  • « Tu n’y arriveras pas. »
  • « Ce serait prétentieux. »

La procrastination peut être l’expression visible d’un conflit invisible.

On ne manque pas d’envie.
On est pris dans un tiraillement.


Quand l’élan réactive une ancienne blessure

Se lancer implique d’être exposé.

Et pour certaines personnes, l’exposition a déjà été douloureuse :

  • Moqueries
  • Humiliations
  • Critiques parentales
  • Exigences excessives

L’enfant intérieur a appris :

« Mieux vaut ne pas trop se montrer. »

À l’âge adulte, cela peut resurgir sous forme de :

  • Retard
  • Auto-sabotage
  • Perfectionnisme paralysant

En thérapie : déplacer la question

Au lieu de demander :
« Pourquoi je ne suis pas motivé ? »

On peut explorer :

  • Qu’est-ce que je risque si je réussis ?
  • Qui pourrais-je décevoir ?
  • Qu’est-ce que cela changerait dans mon identité ?
  • À quoi me protège ce blocage ?

La question devient moins accusatrice…
et plus compréhensive.


Un regard thérapeutique

Le “manque de motivation” n’est pas toujours un déficit.
Il peut être une stratégie de protection.

Quand on comprend ce qu’il protège,
on peut doucement négocier avec lui.

Le but n’est pas de forcer l’élan.
Mais de sécuriser ce qui a peur.

Car souvent,
ce n’est pas l’absence de désir qui bloque.

C’est la peur de ce que le désir implique.


Dans le langage courant, le manque de motivation est souvent perçu comme un défaut de volonté, une faiblesse ou un problème d’organisation.

En clinique, la lecture est plus nuancée.

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