Pourquoi comprendre ne suffit pas à changer
“Je sais d’où ça vient.”
“Je comprends pourquoi je réagis comme ça.”
“Je connais mon problème.”
Beaucoup de personnes ont une analyse fine de leurs difficultés. Elles identifient leurs schémas, font des liens avec leur histoire, mettent des mots précis sur leurs fonctionnements… et pourtant, les comportements problématiques persistent.
Pourquoi ? Parce que comprendre n’est pas la même chose que transformer.
La compréhension : une étape nécessaire… mais insuffisante
La prise de conscience est essentielle. Elle permet de donner du sens, de sortir de la confusion et de réduire la culpabilité.
Mais la compréhension reste un processus cognitif. Or, nos difficultés sont souvent maintenues par :
- Des habitudes comportementales bien installées
- Des réactions émotionnelles automatiques
- Des apprentissages répétés depuis des années
On peut savoir intellectuellement qu’une situation n’est pas dangereuse… et continuer à l’éviter. Le cerveau émotionnel ne se modifie pas uniquement par l’analyse.
Le cerveau apprend par l’expérience, pas par l’explication
Nos peurs, nos blocages et nos automatismes sont le résultat d’apprentissages répétés.
Exemple :
Si éviter une situation réduit votre anxiété, votre cerveau enregistre :
“Éviter = sécurité.”
Même si vous comprenez rationnellement que cette situation n’est pas réellement menaçante, votre système nerveux continue de réagir selon l’apprentissage initial.
Pour modifier cet apprentissage, il faut une expérience corrective : vivre une situation différente de ce que la peur prédit.
L’écart entre savoir et faire
On peut :
- Savoir qu’il faudrait poser des limites… et ne pas oser le faire.
- Savoir que l’anxiété va redescendre… et continuer à fuir.
- Savoir que l’erreur est humaine… et rester paralysé par la peur de l’échec.
Ce décalage s’explique par la puissance des automatismes émotionnels.
Comprendre mobilise le cortex préfrontal (la réflexion).
Changer mobilise aussi les circuits émotionnels et comportementaux, qui nécessitent répétition et pratique.
Le rôle central de l’action
En thérapie cognitivo-comportementale (TCC), le changement passe par l’expérimentation concrète.
Cela implique de :
- Tester de nouveaux comportements
- S’exposer progressivement aux situations évitées
- Vérifier ses hypothèses
- Tolérer l’inconfort temporaire
C’est l’action répétée qui modifie les apprentissages profonds.
On ne devient pas confiant en comprenant la confiance.
On devient confiant en accumulant des expériences où l’on agit malgré la peur.
L’inconfort comme passage obligé
Changer implique presque toujours une phase d’inconfort.
Quand on agit différemment :
- L’anxiété peut augmenter temporairement
- Les doutes apparaissent
- Les anciennes habitudes tentent de reprendre le dessus
C’est normal. Le cerveau préfère ce qu’il connaît, même si ce n’est pas optimal.
Persévérer malgré cet inconfort permet la mise à jour des anciens schémas.
De la compréhension à la transformation
La compréhension éclaire le chemin.
L’action permet de l’emprunter.
Un changement durable repose sur trois piliers :
- Identifier ses schémas.
- Modifier ses pensées automatiques.
- Expérimenter de nouveaux comportements de façon répétée.
Comprendre est un point de départ précieux. Mais c’est l’engagement dans des expériences concrètes, parfois inconfortables, qui transforme réellement les fonctionnements installés.
Le véritable changement ne se joue pas uniquement dans ce que l’on sait — il se construit dans ce que l’on fait, encore et encore.
